Calokilit

Nathalie lit, Lisa aussi, c'est Calokilit !


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Brèves du mercredi #17

Cette semaine, deux textes m’ont marquée, deux textes avec une thématique en commun ( un adolescent dans la tourmente ) et un format court.

A copier 100 fois d’Antoine Dole est un roman de la collection mini-romans des éditions Sarbacane. Le principe de cette collection est de raconter l’histoire d’un adolescent en 58 pages maximum à la première personne. Il s’agit donc d’un texte très court et percutant.

Un collégien de treize écrit son mal être, le harcèlement qu’il subit à l’école et les difficultés qu’il rencontre avec les personnes qui l’entourent. Maltraité par ses camarades, il ne sait vers qui se tourner, surement pas vers son père qu’il a peur de décevoir. Est-il vraiment homosexuel comme tout le monde semble le penser ? Son père pourra-t-il continuer à l’aimer, même si ils sont différents ?

Deuxième roman court et percutant de la semaine ! Le contour de toutes les peurs de Guillaume Guéraud, aux éditions du Rouergue est vraiment haletant. Le pitch est très simple : un soir en rentrant des cours, le jeune Clément découvre un homme dans sa maison, un homme en train de tout détruire, de saccager le bureau de sa mère. Commence alors un long calvaire pour lui.

Guillaume Guéraud arrive à nous tenir en haleine du début à la fin. Tout au long de la lecture, je me suis inquiétée pour Quentin, j’étais impatiente de savoir comment il allait s’en sortir, s’il allait s’en sortir. La description de ses émotions semble très juste, poignante et nous pousse à nous demander comment à sa place nous aurions réagi dans ce type de situation.

Voila donc deux romans que je n’oublierai de sitôt.

Lisa

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Elmer – Gerry Alanguilan

Résumé éditeur :

Octobre 2003. La vie de Jake Gallo est un enfer : il n’arrive pas à trouver de travail, son père vient de faire une crise cardiaque, son frère Freddie est devenu une star du cinéma; mais le plus difficile à avaler, ce sont les frasques sentimentales de sa soeur May, qui s’est mise en tête d’épouser… un humain. Car les Gallo, comme les autres poules et coqs du monde entier, sont subitement devenus conscients en 1979, au grand désarroi de l’espèce humaine. Suite au décès de son père, Jake va découvrir l’histoire de sa famille et de ce dernier, Elmer, qui appartient à la première génération de poulets à avoir dû apprendre à cohabiter avec les hommes.

Mon avis :

Si vous avez envie de lire une bande dessinée ambitieuse, si vous n’avez pas peur des récits d’anticipation, si vous êtes prêt à plonger dans un univers très prenant… Alors Elmer est fait pour vous. Oui, je suis très enthousiaste ! Mais Elmer est un coup de coeur, un vrai, un de ces livres auxquels on repense souvent et longtemps après l’avoir refermé.

Le pitch peut paraître légèrement difficile : des poulets qui gagnent tout d’un coup l’intelligence, la parole, voir l’humanité ? Le lecteur peut se demander où Gerry Alanguilan peut bien vouloir l’emmener. Surtout n’ayez pas peur, dans cette bande dessinée, il sera surtout question d’humanité, de psychologie et de construction de l’être.

Nous avons beau suivre la vie de poulets, Elmer présente une véritable chronique familiale, qui traite de mémoire, de transmission, de filiation, des sujets que j’affectionne grandement. Les relations entre les différents membres de la famille sont au cœur du récit. Jake se débat avec ses propres difficultés (chomage, peur, haine de l’autre…), mais doit aussi gérer ses relations conflictuelles avec son frère, devenu une star du grand écran, et apprendre à accepter la relation amoureuse de sa sœur avec un homme (par homme, j’entends un membre de l’espèce humaine).

L’autre grand thème du récit est, bien sur, le racisme. Comment deux espèces si différentes, qui historiquement avaient une relation de dominant/dominé, peuvent apprendre à vivre ensemble, à se respecter, à oublier les injustices passées. Il y a donc de véritables parallèles avec notre Histoire, avec les génocides, les guerres, les exclusions qui ont construit l’histoire de l’Homme. Et c’est avec ces événements difficiles que Jake va devoir se construire et apprendre à composer.

A la lecture d’Elmer, j’ai été très émue, certains passages sont durs, d’autres touchants. Gerry Alanguilan nous emporte avec lui dans cet univers différent du notre par certains points et pourtant très proche… C’est la grande réussite de cette bande dessinée, Gerry Alanguilan signe un récit intelligent, un ovni peut-être, mais un petit bijou surtout. Une chose est sure, on ne ressort pas de cette lecture sans en garder quelque chose ! Et j’ai hâte d’être à noël pour en trouver un exemplaire sous le sapin !

Une petite citation pour la route :

« C’était comme si quelqu’un avait allumé la lumière. Comme si je m’étais réveillée après un long sommeil, sans me rappeler qui j’étais, où j’étais… et quelle heure il était.
Je ne savais pas grand chose en fait, sauf que j’avais faim. Comme si j’avais toujours eu faim.
Je voulais manger et ce désir me consumait toute entière.
Puis les hurlements ont fusé. Des cris d’horreur, atroces. »

Lisa


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Amorostasia – Cyril Bonin

Résumé éditeur :

Tomber amoureux nuit gravement à la santé ! Comme si les relations amoureuses n’étaient pas assez compliquées, une nouvelle épidémie est apparue : l’Amorostasie. Vieux couples comme jeunes tourtereaux, si vous êtes amoureux vous êtes immédiatement plongés dans un état catatonique…

À Paris, de nos jours. La première victime a été retrouvée figée devant sa fenêtre, une demande de mariage à la main. Puis, ce fût un jeune couple, s’embrassant dans la rue, figé lui aussi… Rapidement, l’information s’est propagée, une nouvelle épidémie sévit à Paris, baptisée l’Amorastasie. Rigidité, mutisme, les victimes de cette étrange maladie tombent dans un état catatonique. Les autorités médicales, en l’absence de remède, ne peuvent que recommander d’éviter toute manifestation intempestive du sentiment amoureux. Pire, la paranoïa s’installe dans la société, le moindre regard est l’objet d’interprétation fantasmatique.

Mon avis :

De Cyril Bonin j’avais déjà lu l’homme qui n’existait pas, lecture que ne m’avait pas entièrement conquise, j’étais resté sur ma faim… L’Amorostasia m’aura fait changer d’avis sur l’auteur. C’est la quatrième de couverture qui en premier m’aura intriguée. Comme souvent avec Cyril Bonin, le fantastique, l’étrange a la part belle dans cette histoire.

Le phénomène nous est présenté du point de vue d’Olga Politoff jeune journaliste qui enquête sur la maladie, accompagné de son ami et photographe Julien Lambert. Au fur et à mesure que l’épidémie prend de l’ampleur la paranoïa se développe et Olga va l’apprendre à ses dépends. En effet, comment admettre et expliquer que son collègue, secrètement amoureux, se fige en la regardant, alors que ni elle ni son petit ami ne tombent malade après avoir échangé un baiser. L’amour est au centre des préoccupations, mais aussi le désir et la séduction, très vite stigmatisés par les foules.

Ici Cyril Bonin va au bout de son propos. A partir de cette étrange épidémie, il nous parle de la société française, de l’Homme, de ses travers et de ses réactions face à la peur. Ici, pas d’explication scientifique, seulement les réactions des protagonistes face à une situation qu’ils ne peuvent contrôler. Comment résister à l’amour ? Voila une réponse bien difficile à trouver…

Petit plus, le dessin est, comme toujours, plaisant, les visages sont expressifs et les décors soignés (Paris est très bien représentée).

Lisa


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Le jeu des hirondelles – Zeina Abirached

Résumé éditeur :

En avril 2006, sur le site internet de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), je suis tombée sur un reportage tourné à Beyrouth en 1984. Les journalistes interrogeaient les habitants d’une rue située à proximité de la ligne de démarcation, qui coupait la ville en deux. Une femme, bloquée par les bombardements dans l’entrée de son appartement, a dit une phrase qui m’a bouleversé :  » Vous savez, je pense qu’on est quand même, peut-être, plus ou moins, en sécurité, ici. »

Cette femme, c’était ma grand-mère.

Mon avis :

J’ai eu la chance d’assister il y a une semaine à une rencontre avec Zeina Abirached. Pour l’occasion, j’ai donc lu Le jeu des hirondelles, mourir partir revenir. Cette bande dessinée, ce roman graphique est un témoignage de l’auteur. En effet Zeina est née au Liban, à Beyrouth, pendant la guerre, une guerre qui durera pendant les 10 premières années de sa vie.

Ici, elle nous raconte une nuit d’attente dans l’entrée de l’appartement où elle vivait avec ses parents et son petit frère. Ses parents sont partis rendre visite à la grand-mère, et sont coincés chez elle pendant que la ville est bombardée. Pendant cette nuit d’attente, où les heures passent lentement, c’est une partie des habitants qui défilent dans l’appartement, dans cette entrée sensée être la pièce la plus sure de l’immeuble.

Dans cet immeuble c’est tout un échantillon du Liban que l’on retrouve, des personnages hauts en couleurs, tous différents, aux caractères bien marqués. Pendant cette nuit, le lecteur ne verra pas la guerre, il en entendra parler, en entendra les bruits, les déflagrations, mais il partagera surtout un souvenir, un fragment de quotidien, pas mais l’Histoire, mais l’histoire. L’auteur met en avant la solidarité, les relations entre les personnages, les voisins, et l’atmosphère qui règne dans le lieu confiné. Ici , même si la guerre a fait souffrir tout le monde, elle a aussi permis  de rapprocher les habitants de l’immeuble, les poussant à créer leur propre communauté.

La bande dessinée est en noir et blanc, pas de demi-teinte, pas de gris, seulement du blanc, du noir et le talent de Zeina Abirached pour créer des décors pleins de détails tout en contrastes. La jeune femme a une formation de graphiste et cela se sent dans la manière de mettre en scène les décors, de choisir les cadrages. Le dessin qui au départ peut sembler froid, dur, est en fait plein de courbes, de délicatesse.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. Le jeu des hirondelles est une bande dessinée très abordable, elle ne demande pas de connaître grand-chose de la guerre au Liban, pour pouvoir être appréciée à sa juste valeur. Si vous en avez l’occasion, ouvrez-là, jetez un œil aux illustrations et je ne doute pas que vous vous laisserez tenter par cette lecture !

Lisa


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En silence – Audrey Spiry

Résumé éditeur :
Quelque part dans le sud, en été, un petit groupe d’amis – deux couples, deux enfants et un moniteur – part en expédition en pleine nature, pour une grande journée de canyoning. L’isolement, le dépaysement et le frisson du danger vont servir de révélateur. Chacun, au fil de cette longue journée pleine d’imprévus, va se retrouver seul, confronté en silence à ses interrogations les plus intimes. Ainsi Juliette, la narratrice, qui perçoit bientôt cette journée particulière comme une sorte d’épreuve du feu pour le couple qu’elle forme avec Luis. Comment dépasser le sentiment d’immobilisme et d’attente qui imprègne leur relation, et qui lui est devenu presque insupportable ? Cette belle journée d’été n’est-elle pas, finalement, l’épilogue de leur histoire d’amour ?

Mon avis :

Gros coup de cœur visuel pour cette bande dessinée. Au départ, j’ai été fasciné par sa couverture, l’image de cette jeune fille immergée, qui semble glisser dans l’eau, les yeux écarquillés. Et dès l’ouverture de l’album, j’en ai pris plein les yeux, toutes ces couleurs, ses nuances, déclinant la lumière, m’ont transportée avec les personnages dans cette chaude journée d’été. Voilà pour la première impression.

Lentement l’histoire démarre, ici pas de scénario compliqué, une simple journée de canyoning au cours de laquelle nous allons avoir le plaisir de voir les personnages évoluer. Et si finalement, il y avait plus que cela ? Et si cette simple journée était l’occasion pour chacun de réfléchir à sa vie, de profiter des bénéfices de l’eau glacée pour se ressourcer ?

L’eau, élément imprévisible s’il en est, sera tour à tour amie, ennemie, alliée ou encore menace. Le personnage principal, Juliette, semble, dans les premières pages, effacée, en retrait, dans l’attente de quelque chose. Si ses premiers contacts avec l’eau sont craintifs, elle semble petit à petit se fondre dans l’élément, pour en tirer toujours plus de bénéfices. Et c’est là que le dessin d’Audrey Spiry prend toute son ampleur dans l’expression des corps en contact avec l’eau. Les images se tordent, se distendent, mélange de réalité et de sensations imagées.

Cette descente jusqu’en bas du canyon fera passer les personnages (et le lecteur) par toutes sortes d’émotions, l’émerveillement, la peur… Des émotions qu’ils seront obligés d’affronter puisque lors d’une descente il est impossible de faire demi-tour. Le choix de placer cette histoire, cette réflexion sur le couple que va mener Juliette, dans ce canyon, trouve donc tout son sens. Puisqu’une fois sa réflexion lancée, Juliette ne pourra rien faire pour l’arrêter. Elle devra se retrouver avant de pouvoir retrouver les autres et renaître.

J’ai vraiment trouvé cette bande dessinée très riche tant graphiquement que dans les multiples interprétations que l’on peut y trouver. L’élément aquatique est vraiment très bien choisi, il évoque la maternité, une certaine divinité de la nature, parfois même l’eau semble être un personnage à part entière, qui veut, souhaite…

Audrey Spiry m’aura entrainée dans son sillage, j’aurais vibré avec ses personnages, et j’espère avoir bien vite la joie de lire une autre de ses œuvres.

Lisa