Calokilit

Nathalie lit, Lisa aussi, c'est Calokilit !


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La propriété – Rutu Modan

Résumé éditeur :

Après la mort de son fils, Regina Segal emmène sa petite fille, Mica, à Varsovie où elles espèrent récupérer une propriété familiale spoliée pendant la Seconde Guerre mondiale. Une histoire de famille, de secrets et d’amour.

Mon avis :

J’avais repéré cette BD dans le palmarès du Festival d’Angoulême de cette année puisqu’elle a reçu le prix spécial du jury. La couverture me plaisait bien et Actes sud publie parfois des petites perles.

La propriété est une bande dessinée dense mais il ne faut pas avoir peur de son épaisseur, elle se lit très bien ! Son volume permet à Rutu Modan de vraiment immerger le lecteur dans son intrigue. Elle propose ainsi des personnages creusés, tous crédibles. Aucun ne m’a semblé caricatural. Le personnage de la grand-mère, Régina, est très intéressant car très nuancé, j’ai aimé la découvrir et en apprendre de plus en plus sur elle au fil des pages, sa carapace de vieille femme acariâtre se fissurant peu à peu.

Ici, l’Histoire avec un grand H (seconde guerre mondiale) se mêle avec l’histoire intime du famille, c’est ce que j’ai le plus apprécié. Bien sur Rutu Modan livre un témoignage sur la ghetto Varsovie, la fuite des familles juives vers Israël  mais surtout elle nous parle d’amour, de secret, d’une famille hantée par les fantômes du passé. Ce voyage à Varsovie, sous couvert de la recherche d’une propriété disparue, permettra à la famille de dépasser le poids d’un passé dont tous n’avait même pas connaissance.

Le dessin peut paraître très classique, très proche du trait de Hergé ou d’autres grands auteurs de la bande dessinée traditionnelle franco-belge. Ce n’est pas gênant, bien au contraire, le dessin est soigné, il regorge de détails. C’est un plaisir d’observer ces planches, de découvrir l’architecture de Varsovie. Le découpage des planches est très cinématographique et surtout les expressions faciales des personnages sont très bien rendues, une véritable réussite !

Rutu Modan signe un très beau roman graphique qui parle de filiation et de mémoire avec beaucoup de subtilité.

Lisa

 

 

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Elmer – Gerry Alanguilan

Résumé éditeur :

Octobre 2003. La vie de Jake Gallo est un enfer : il n’arrive pas à trouver de travail, son père vient de faire une crise cardiaque, son frère Freddie est devenu une star du cinéma; mais le plus difficile à avaler, ce sont les frasques sentimentales de sa soeur May, qui s’est mise en tête d’épouser… un humain. Car les Gallo, comme les autres poules et coqs du monde entier, sont subitement devenus conscients en 1979, au grand désarroi de l’espèce humaine. Suite au décès de son père, Jake va découvrir l’histoire de sa famille et de ce dernier, Elmer, qui appartient à la première génération de poulets à avoir dû apprendre à cohabiter avec les hommes.

Mon avis :

Si vous avez envie de lire une bande dessinée ambitieuse, si vous n’avez pas peur des récits d’anticipation, si vous êtes prêt à plonger dans un univers très prenant… Alors Elmer est fait pour vous. Oui, je suis très enthousiaste ! Mais Elmer est un coup de coeur, un vrai, un de ces livres auxquels on repense souvent et longtemps après l’avoir refermé.

Le pitch peut paraître légèrement difficile : des poulets qui gagnent tout d’un coup l’intelligence, la parole, voir l’humanité ? Le lecteur peut se demander où Gerry Alanguilan peut bien vouloir l’emmener. Surtout n’ayez pas peur, dans cette bande dessinée, il sera surtout question d’humanité, de psychologie et de construction de l’être.

Nous avons beau suivre la vie de poulets, Elmer présente une véritable chronique familiale, qui traite de mémoire, de transmission, de filiation, des sujets que j’affectionne grandement. Les relations entre les différents membres de la famille sont au cœur du récit. Jake se débat avec ses propres difficultés (chomage, peur, haine de l’autre…), mais doit aussi gérer ses relations conflictuelles avec son frère, devenu une star du grand écran, et apprendre à accepter la relation amoureuse de sa sœur avec un homme (par homme, j’entends un membre de l’espèce humaine).

L’autre grand thème du récit est, bien sur, le racisme. Comment deux espèces si différentes, qui historiquement avaient une relation de dominant/dominé, peuvent apprendre à vivre ensemble, à se respecter, à oublier les injustices passées. Il y a donc de véritables parallèles avec notre Histoire, avec les génocides, les guerres, les exclusions qui ont construit l’histoire de l’Homme. Et c’est avec ces événements difficiles que Jake va devoir se construire et apprendre à composer.

A la lecture d’Elmer, j’ai été très émue, certains passages sont durs, d’autres touchants. Gerry Alanguilan nous emporte avec lui dans cet univers différent du notre par certains points et pourtant très proche… C’est la grande réussite de cette bande dessinée, Gerry Alanguilan signe un récit intelligent, un ovni peut-être, mais un petit bijou surtout. Une chose est sure, on ne ressort pas de cette lecture sans en garder quelque chose ! Et j’ai hâte d’être à noël pour en trouver un exemplaire sous le sapin !

Une petite citation pour la route :

« C’était comme si quelqu’un avait allumé la lumière. Comme si je m’étais réveillée après un long sommeil, sans me rappeler qui j’étais, où j’étais… et quelle heure il était.
Je ne savais pas grand chose en fait, sauf que j’avais faim. Comme si j’avais toujours eu faim.
Je voulais manger et ce désir me consumait toute entière.
Puis les hurlements ont fusé. Des cris d’horreur, atroces. »

Lisa


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Le roi banal – Antoine Ozanam et Kyung-Eun

Résumé éditeur (citation plutôt!) :
«J’ai l’honneur de déclarer la naissance du royaume de Georgetta. Et devant cette assemblée, jeme sacre RoiMiao, premier souverain de la royauté. »

Mon avis :

Voilà une bande dessinée qui ne paie pas de mine. Un vieux monsieur vit seul depuis le départ de sa fille dans sa maison hantée par les souvenirs de sa femme, morte depuis bien longtemps. A ses yeux, personne ne trouve grâce, ni sa fille et son gendre qui manque d’ambitions, ni ses petits-fils qui ne pensent qu’à jouer au football. Peu à peu, il glisse dans son propre monde qu’il souhaiterait appliquer à la réalité. Dans ce monde, il est roi du royaume de Georgetta (en souvenir de sa femme), un royaume dont les frontières sont les limites de son terrain. Il cherche à faire reconnaître son territoire par ONU… Malheureusement ses demandes restent sans réponse… Jusqu’à ce que son gendre, postier, tombe sur une de ses missives …

Nous entrons dans ce monde en faisant la connaissance de Louis et de son chien, puis au fil du récit nous suivons alternativement Louis et son gendre, pour mieux voir leurs histoires s’entremêler.

Cette bande dessinée m’a charmée, elle est vraiment attendrissante. Ici il n’y a pas de héros, seulement des personnes, à peine plus fantaisistes que monsieur tout-le-monde, qui cherchent à être heureuses dans un monde qui ne fait pas de cadeau. Les thèmes évoqués sont nombreux, on y parle de solitude, d’incompréhension, d’imagination mais aussi de transmission de génération en génération.

Tout le processus qui amènera Louis à se réconcilier avec sa famille est ampli de fantaisie. L’imaginaire apparait, ici, comme une clé pour améliorer le quotidien et rapprocher les gens. Le roi banal est une pépite de douceur qui sans tomber dans trop de bons sentiments (on est loin de la guimauve), vous apportera une bonne dose de légèreté en ces temps trop gris !

Lisa